Publié le 12 mars 2024

L’impact économique de la chasse sur un territoire rural ne se mesure pas au nombre de fusils, mais à la nature du modèle organisationnel qui l’encadre et à sa capacité à créer des circuits courts.

  • Le modèle associatif (type ACCA) tend à réinjecter les revenus (baux, repas) et le bénévolat directement dans l’économie et le lien social du village.
  • La valorisation locale de la venaison, de la carcasse à l’assiette, représente un levier économique majeur encore sous-exploité.

Recommandation : Pour un élu ou un acteur local, auditer le modèle de chasse de sa commune et sa connexion avec les artisans locaux est la première étape pour maximiser ses retombées positives sur le territoire.

Loin des débats souvent passionnés qui l’entourent, l’activité cynégétique constitue une réalité sociale et économique profondément ancrée dans de nombreux territoires ruraux. Pour l’élu local comme pour l’habitant, la question dépasse rapidement les seules considérations écologiques ou les conflits d’usage avec les autres usagers de la nature. Souvent, l’analyse oscille entre deux extrêmes : la vision d’un secteur vital pour l’économie locale et celle d’un loisir coûteux aux externalités négatives. Ces visions partielles masquent une réalité plus complexe et nuancée qui mérite une analyse de fond.

La véritable question n’est peut-être pas de savoir si la chasse a un impact, mais plutôt de comprendre *comment* cet impact se structure et de *quels facteurs* il dépend. Le poids économique de la chasse ne réside pas uniquement dans les chiffres nationaux du PIB qu’elle génère, mais dans sa capacité à irriguer le tissu économique d’un village, à maintenir du lien social ou, au contraire, à favoriser une fuite des capitaux. L’enjeu pour un territoire est de comprendre les mécanismes qui différencient une chasse qui enrichit la vie locale d’une chasse qui s’en isole.

Cet article se propose d’adopter une approche de sociologue pour décortiquer ces mécanismes. Nous analyserons comment, du lien social à la valorisation de la venaison, en passant par le modèle juridique de l’association ou le poids du bénévolat, chaque facette de l’activité cynégétique peut être un levier, ou un frein, pour le dynamisme d’une économie rurale.

Pour naviguer au cœur de cette analyse socio-économique, ce guide explore les différentes facettes de l’impact de la chasse sur la vie locale. Découvrez comment chaque aspect, du social au financier, contribue à façonner la dynamique de nos campagnes.

Pourquoi la société de chasse est-elle souvent le dernier lieu de convivialité du village ?

Avant d’être une activité économique, la chasse est un fait social. Dans de nombreuses communes rurales touchées par la disparition des services publics, des commerces et des cafés, l’association de chasse demeure l’un des derniers, sinon le dernier, espace de sociabilité intergénérationnelle et interclasse. Elle rassemble des individus d’horizons variés autour d’un projet commun : la gestion d’un territoire. Ce « capital social » est difficilement quantifiable en euros, mais sa valeur est immense pour la cohésion d’une communauté. En effet, selon une étude économique, plus de 75% des chasseurs résident dans des communes rurales, ce qui démontre un fort ancrage territorial et une participation active à la vie locale.

Cette fonction de lien social est particulièrement visible lors des événements organisés par les sociétés de chasse : repas de fin de saison, assemblées générales, ou encore participation collective à l’entretien des chemins. Ces moments de partage transcendent le simple cadre de l’activité cynégétique pour devenir de véritables événements de la vie communale, ouverts à tous. Ils permettent de maintenir des réseaux de solidarité et d’entraide qui sont le ciment des communautés rurales.

Le sociologue Jérôme Fourquet, spécialiste de la France rurale, met en lumière cette fonction essentielle dans ses travaux. Comme il le souligne, l’association de chasse est souvent la structure la plus dynamique et inclusive qui subsiste au cœur des villages :

Dans de très nombreuses communes rurales en France, la seule association qui fonctionne encore et dans laquelle les gens se retrouvent c’est l’association communale de chasse.

– Jérôme Fourquet, Enquête IFOP sur la ruralité

Cet enracinement fait de la société de chasse un acteur incontournable du maintien du tissu social, dont l’impact positif, bien que non monétaire, est une condition préalable à tout dynamisme économique durable.

Comment transformer et valoriser la viande de gibier légalement ?

La valorisation de la viande de gibier est un levier économique direct, mais complexe. Pour qu’une carcasse de sanglier ou de chevreuil se transforme en une source de revenus pour le territoire, un processus strict doit être respecté. La première étape est la formation à l’examen initial de la venaison, obligatoire pour tout chasseur souhaitant commercialiser une partie de son prélèvement. Cette formation garantit la traçabilité et la sécurité sanitaire. Ensuite, le chasseur doit livrer les carcasses entières et en peau à des professionnels agréés, généralement des artisans bouchers ou des restaurateurs, qui sont les seuls habilités à transformer et vendre le produit final au consommateur. Pour le sanglier, un test de détection de la trichine est en outre obligatoire.

Cette chaîne de valorisation, lorsqu’elle est bien structurée, crée un circuit économique court vertueux. L’argent circule du consommateur au restaurateur ou boucher, puis au chasseur et à la société de chasse, restant ainsi sur le territoire et soutenant l’artisanat local. L’exemple du Pas-de-Calais est à ce titre éclairant.

Étude de cas : La convention innovante pour la venaison dans le Pas-de-Calais

En janvier 2025, une convention inédite a été signée entre la Fédération des chasseurs du Pas-de-Calais et la Chambre des métiers et de l’artisanat. Cette initiative a permis de former 838 professionnels à l’examen de la venaison depuis 2006, créant un réseau dense de partenaires. Grâce à ce partenariat, des produits transformés uniques comme les merguez de sanglier ou les chipolatas de chevreuil sont désormais disponibles chez les artisans-bouchers locaux, créant une nouvelle filière économique et une offre gastronomique locale attractive.

Ce schéma illustre parfaitement comment la transformation locale du gibier peut générer de la valeur ajoutée. L’enjeu pour les territoires est de favoriser ces partenariats entre le monde de la chasse et celui de l’artisanat de bouche.

Atelier de découpe artisanal avec pièces de gibier en cours de transformation, montrant le savoir-faire local

L’image d’un artisan travaillant la viande de gibier n’est pas seulement folklorique ; elle représente la dernière étape cruciale de la capture de la valeur économique au niveau local. Sans ce savoir-faire, la ressource brute qu’est le gibier serait exportée pour être transformée ailleurs, privant le territoire de retombées économiques et d’emplois.

Actionnaire ou sociétaire : quel modèle profite le plus aux habitants locaux ?

L’impact économique de la chasse sur un territoire dépend fondamentalement de son modèle d’organisation. Il est crucial de distinguer le modèle associatif, incarné par les Associations Communales de Chasse Agréées (ACCA), du modèle commercial des chasses privées, souvent gérées par des sociétés. Cette distinction est au cœur de la question : à qui profite réellement l’argent de la chasse ? Dans le modèle ACCA, les chasseurs sont des sociétaires. Les revenus, issus des cotisations et des événements, sont réinvestis dans le fonctionnement de l’association et le budget communal via le loyer du bail. L’accès est démocratique et ouvert aux habitants, favorisant la mixité sociale.

À l’inverse, le modèle commercial fonctionne sur un principe actionnarial. Les territoires sont loués à des prix élevés par des individus ou des entreprises, dont les bénéfices sont distribués à des actionnaires souvent extérieurs au territoire. L’accès est exclusif et coûteux, ce qui peut entraîner une forme de « gentrification » de la pratique. Une analyse des données de la FNC a montré que 36% des permis sont détenus par des cadres supérieurs, alors qu’ils ne représentent que 17% de la population active. Cette surreprésentation peut indiquer une déconnexion entre les détenteurs de droits de chasse et la population locale dans certains territoires privés. Le tableau suivant synthétise les impacts de chaque modèle.

Le tableau ci-dessous, inspiré d’analyses sur l’économie rurale, met en lumière les divergences profondes entre ces deux logiques et leur impact direct sur la vitalité d’un territoire, comme le montre une analyse comparative récente.

Comparaison des modèles économiques de chasse et leur impact local
Critère Modèle Associatif (ACCA) Modèle Commercial (Chasse privée)
Destination des revenus Budget communal via loyer du bail Actionnaires souvent extérieurs au territoire
Accès pour les habitants Démocratique, coût modéré Exclusif, prix élevé
Impact sur le foncier Stabilité des prix Risque d’inflation immobilière
Retombées économiques locales Circulation locale de l’argent Fuite des capitaux vers l’extérieur
Lien social Fort, mixité sociale préservée Faible, entre-soi économique

Pour un élu local, comprendre sous quel régime se trouve la majorité du foncier chassable de sa commune est donc essentiel pour évaluer l’ancrage territorial réel de l’activité.

Plan d’action pour évaluer l’impact local de la chasse :

  1. Inventaire des acteurs : Lister toutes les sociétés de chasse (ACCA, privées) et identifier leur statut juridique (associatif vs commercial).
  2. Analyse des flux financiers : Cartographier la destination des revenus générés (loyers des baux, cotisations, ventes). L’argent reste-t-il sur la commune ?
  3. Étude de l’accès : Analyser le coût et les conditions d’accès pour les résidents locaux versus les non-résidents. Le modèle est-il inclusif ou exclusif ?
  4. Évaluation du lien social : Recenser les événements organisés (repas, battues administratives, travaux) et leur ouverture au-delà des seuls chasseurs.
  5. Audit des partenariats : Identifier les collaborations existantes avec les artisans, agriculteurs et restaurateurs locaux pour la valorisation du gibier ou l’entretien du territoire.

L’erreur de communication qui crée des tensions entre chasseurs et promeneurs

L’impact économique de la chasse ne peut être analysé sans prendre en compte ses externalités négatives, au premier rang desquelles figurent les tensions avec les autres usagers de la nature. Ces conflits, souvent médiatisés, ont un coût social et économique réel pour les territoires. Ils peuvent nuire à l’attractivité touristique, un pilier économique pour de nombreuses zones rurales. Le sentiment d’insécurité, qu’il soit fondé ou non, peut décourager les randonneurs, les VTTistes ou les familles de fréquenter certaines zones, notamment pendant la saison de chasse. Cette perception est un enjeu majeur, car le partage de l’espace est une demande sociale forte.

Les chiffres le confirment : la cohabitation est un sujet de préoccupation majeur pour une large partie de la population, y compris en zone rurale. Un sondage IFOP révèle que 82% des Français, dont 79% des habitants de communes rurales, sont favorables à l’instauration d’un dimanche non chassé. Ce chiffre ne doit pas être interprété comme une opposition frontale à la chasse, mais comme l’expression d’un désir d’un partage plus équilibré et prévisible de l’espace naturel.

L’erreur principale est souvent une erreur de communication et de signalisation. Des panneaux peu clairs, une information tardive sur les jours de battue ou une absence de dialogue avec les offices de tourisme et les associations de randonneurs créent un climat de méfiance. Les accidents, bien que statistiquement en baisse, alimentent cette perception négative et ont un coût direct pour les collectivités en termes de médiation et d’image. Entre 1999 et 2019, la chasse a causé des centaines de décès et des milliers d’accidents, générant un coût social et une image négative qui pèsent sur l’économie touristique locale.

Une gestion proactive de la communication (calendriers partagés en ligne, signalisation claire et standardisée, réunions de concertation) est donc un investissement économique. Apaiser les tensions n’est pas seulement une question de sécurité, c’est aussi une condition pour que l’activité cynégétique soit acceptée et pour que le territoire dans son ensemble puisse développer son potentiel touristique sans entrave.

Quelles sont les retombées financières de la location des baux de chasse pour une commune ?

Pour une municipalité rurale, la location des droits de chasse sur son territoire communal représente l’une des retombées économiques les plus directes et les plus lisibles de l’activité cynégétique. Il s’agit d’une source de revenus non négligeable, inscrite noir sur blanc dans le budget communal. Chaque année, les sociétés de chasse, qu’elles soient associatives (ACCA) ou privées, versent un loyer à la commune pour pouvoir exercer sur les terres qui lui appartiennent. Cette manne financière, bien que variable selon la taille et l’attractivité du territoire, peut s’avérer stratégique pour des communes aux budgets souvent contraints.

Salle de conseil municipal avec élus locaux discutant du budget communal et des revenus des baux de chasse

Comme le suggère cette image, la discussion autour des baux de chasse est un moment important de la vie municipale, où se décide l’allocation d’une ressource précieuse. Ces revenus peuvent être affectés à des projets concrets bénéficiant à toute la population : la rénovation de l’école, l’entretien de la voirie, le financement d’activités pour les seniors, etc. La Fédération Départementale des Chasseurs le résume de manière très concrète : « Pour un village de 300 habitants, un bail de 4000€ peut financer l’intégralité du repas des aînés ou l’achat de nouveaux livres pour l’école ». Cet exemple illustre parfaitement comment l’argent de la chasse peut irriguer directement la vie sociale de la commune.

Ces revenus locaux sont une partie de la contribution fiscale globale de la chasse. À l’échelle nationale, la filière représente une part significative des recettes publiques. Une étude économique a ainsi estimé à 1,6 milliard d’euros les montants reversés au budget de l’État et des collectivités en 2023 sous forme d’impôts, taxes et prélèvements divers. Si ce chiffre macroscopique peut paraître abstrait, il prend tout son sens lorsqu’on le ramène à l’échelle d’un budget communal.

Pour un maire, optimiser la gestion de ses baux de chasse, en s’assurant d’un juste prix tout en favorisant un modèle qui garantit un bon entretien du territoire, est donc un acte de bonne gestion financière et une manière concrète de faire bénéficier l’ensemble de la communauté des fruits de cette activité.

Marché de producteur ou supermarché : quel impact réel sur l’économie du village ?

L’impact économique de la chasse sur un village se mesure aussi à sa capacité à s’intégrer dans les circuits de consommation locaux. Une fois la venaison transformée, où est-elle vendue ? Si le produit finit sur les étals d’une grande surface située à des kilomètres, une grande partie de la valeur ajoutée s’échappe du territoire. En revanche, si la terrine de chevreuil ou le saucisson de sanglier est vendu sur le marché des producteurs locaux, chez l’artisan-boucher du village ou proposé au menu du restaurant local, l’impact est démultiplié. Chaque euro dépensé par le consommateur final a alors plus de chances de rester dans l’économie locale, en rémunérant le producteur, le transformateur et le distributeur du village.

Cette logique de circuit court est au cœur des stratégies de développement rural. Elle permet non seulement de soutenir l’emploi local, mais aussi de renforcer l’identité gastronomique du territoire, ce qui peut devenir un atout touristique. Le gibier, produit emblématique de la nature locale, devient alors un produit d’appel, au même titre qu’un fromage ou un vin de pays. Il ne s’agit plus seulement de chasse, mais de la création d’une véritable filière économique endogène, de la forêt à l’assiette.

Le potentiel de ces filières est considérable, comme le montrent des projets structurants qui voient le jour dans certains territoires. Dans les Ardennes, par exemple, une étude de faisabilité a été menée pour lancer une filière de valorisation complète. L’étude projette de traiter entre 20 et 25 tonnes de carcasses la première année, avec un objectif de 100 tonnes à terme. Un tel projet ne se contente pas de valoriser un produit : il crée des emplois, structure un réseau d’acteurs et génère une activité économique durable à l’échelle d’un bassin de vie.

L’enjeu pour les élus et les acteurs économiques locaux est donc de favoriser l’émergence de ces filières, en facilitant les rencontres entre chasseurs, artisans et commerçants, et en soutenant les investissements nécessaires (ateliers de découpe, formations, etc.). C’est à cette condition que la chasse peut pleinement jouer son rôle de moteur pour l’économie du village.

Pourquoi les murets de pierre sèche sont-ils la signature des paysages caussenards ?

Le titre est ici une métaphore. Tout comme les murets de pierre sèche, fruit d’un travail patient et séculaire, façonnent les paysages, le travail bénévole des chasseurs modèle et entretient le territoire rural. Cet impact est l’un des plus importants, mais aussi l’un des plus difficiles à quantifier : il s’agit de l’apport en temps et en travail non rémunéré pour la gestion de l’environnement. Débroussaillage des chemins, entretien des points d’eau, plantation de haies, création de jachères faunistiques… Ces actions, menées par les chasseurs tout au long de l’année, contribuent directement à la préservation de la biodiversité et à l’entretien de paysages ouverts et accessibles.

Si ces tâches devaient être effectuées par les services municipaux ou des entreprises privées, leur coût serait considérable pour les collectivités. Le bénévolat cynégétique représente donc une économie substantielle pour les budgets communaux. Une étude sociologique récente menée pour la FNC a tenté de chiffrer cet engagement : elle révèle que les chasseurs consacrent en moyenne 15 jours de bénévolat par an à l’entretien de leur territoire. Multiplié par le nombre de chasseurs dans une commune, ce chiffre donne une idée de la valeur économique de ce « travail invisible ».

Cet entretien profite à tous les usagers de la nature. Un chemin de randonnée débroussaillé par les chasseurs pour accéder à un poste de tir est un chemin plus sûr et agréable pour les promeneurs. Une haie plantée pour le petit gibier est aussi un corridor écologique pour de nombreuses autres espèces et un élément structurant du paysage qui lutte contre l’érosion des sols. En ce sens, les chasseurs agissent souvent comme des gestionnaires bénévoles de l’espace rural.

Reconnaître cette contribution est essentiel pour une analyse équilibrée de l’impact de la chasse. Il ne s’agit pas d’occulter les prélèvements, mais de mettre en balance l’ensemble des actions menées. Pour un élu, intégrer les sociétés de chasse dans la planification des travaux d’entretien du territoire peut être une stratégie gagnante, permettant de coordonner les efforts et d’optimiser l’utilisation des ressources humaines et financières de la commune.

À retenir

  • L’impact économique de la chasse dépend moins du prélèvement lui-même que du modèle d’organisation (associatif local vs commercial externe).
  • Le modèle associatif (ACCA) favorise la réinjection des revenus et du lien social dans l’économie du village.
  • La valorisation locale de la venaison via des circuits courts avec les artisans locaux est un levier de développement majeur mais sous-exploité.

Aménager son territoire de chasse : quelles actions pour favoriser la biodiversité ?

L’aménagement du territoire par les chasseurs est souvent perçu comme une simple dépense visant à augmenter les populations de gibier. Or, une vision plus analytique montre que ces actions constituent un véritable investissement à triple retour. En aménageant des haies, des jachères fleuries, des mares ou en entretenant les lisières forestières, les chasseurs ne favorisent pas seulement le gibier, mais l’ensemble de la biodiversité. Ces habitats sont bénéfiques pour les insectes pollinisateurs, les oiseaux des plaines et de nombreux autres auxiliaires de culture, ce qui peut avoir un impact positif sur les rendements agricoles voisins.

Cet investissement dans le « capital naturel » génère des bénéfices économiques, écologiques et sociaux. Une étude menée sur plusieurs territoires français a démontré ce triple bénéfice : chaque euro investi dans les aménagements cynégétiques se traduisait par une augmentation du gibier, une amélioration des rendements agricoles adjacents et une hausse de la fréquentation touristique « nature ». Ce dernier point est crucial : des paysages bien entretenus et riches en biodiversité sont plus attractifs pour les visiteurs, ce qui soutient une autre branche de l’économie rurale.

L’ensemble de ces flux – dépenses des chasseurs, revenus des baux, valorisation de la venaison, économies liées au bénévolat, impacts indirects sur l’agriculture et le tourisme – forme un écosystème économique complexe. À l’échelle nationale, une étude commandée par la Fédération Nationale des Chasseurs a évalué que la filière génère 3,6 milliards d’euros de Produit Intérieur Brut. Si ce chiffre global doit être manié avec précaution, il donne une idée de l’ordre de grandeur économique d’une activité qui est bien plus qu’un simple loisir.

En définitive, l’impact réel de l’activité cynégétique sur une économie rurale locale est le résultat d’un arbitrage permanent. C’est l’équilibre entre les revenus générés et les coûts sociaux, entre le modèle commercial et le modèle associatif, entre le prélèvement et l’investissement dans le territoire. Pour un acteur local, la clé est de favoriser les modèles qui maximisent l’ancrage territorial et les circuits courts, transformant ainsi la chasse en un véritable outil de développement durable pour son village.

Pour qu’un territoire tire le meilleur parti de l’activité cynégétique, une évaluation claire de son modèle actuel et de son potentiel d’amélioration est donc l’étape la plus logique et la plus constructive.

Rédigé par Jean-Michel Roques, Technicien cynégétique fédéral et armurier diplômé de l'école de Saint-Étienne. Expert en gestion de la faune sauvage, balistique lésionnelle et sécurité à la chasse, il possède 25 ans d'expérience terrain.